AméliePomerleau
De terre, de pierre et d'instinct Par Guy Ouellet De tout temps, les rivières et leurs rives ont servi de voies de passage jusqu’au fleuve, puis à la mer, matrice originelle de la vie. *** Tant par sa composition que par son volume, l’œuvre tranche avec la délicatesse des céramiques auxquelles Amélie Pomerleau nous a habitués depuis plus d’une décennie. «En vérité, j’ai toujours nourri une véritable fascination pour la pierre. C’est une matière dure dans laquelle l’artiste investit beaucoup de lui-même, beaucoup de sa force pour en faire jaillir une œuvre. J’aime la sensation de faire corps avec la matière et j’ai toujours voulu faire quelque chose de monumental avec la pierre comme matériau de base». Il va de soi qu’on ne se lance pas dans pareille aventure du jour au lendemain: l’exercice requiert de l’espace, de l’équipement et, forcément, une certaine reconnaissance du milieu en tant qu’artiste. C’est ainsi qu’il y a une dizaine d’années, Amélie Pomerleau a entrepris de se consacrer à la céramique, non sans aller parfaire sa formation en taille de pierre après avoir obtenu un BACC et une majeure en sculpture à l’Université Concordia. L’artiste ira également trois fois en Europe pour se former en dessin, sculpture sur pierre, poterie et modelage. Au fil de ses formations, elle acquiert une vaste expérience du langage plastique et conceptuel. Depuis 2013, son travail est exposé et reconnu comme en témoignent, notamment, deux bourses du CALQ pour des projets orientés vers les enjeux entourant la condition féminine et l’intimité. Sur les murs de son atelier, de larges étagères accueillent plusieurs dizaines, voire des centaines de moules en plâtre. On y trouve des herbes folles, des brindilles et des fleurs sauvages, toutes prélevées en nature avant d’être fossilisées par l’artiste qui s’en servira pour donner formes à ses œuvres à venir. Ces moules serviront d’empreintes qui deviendront autant de coquilles que l’artistes assemblera les unes aux autres. On imagine la lenteur de l’exercice, la patience de l’artiste… «Quand j’assemble une œuvre, ce n’est plus ma tête qui travaille. J’ai l’impression d’entrer dans une sorte de méditation où c’est l’intuition qui mène. C’est difficile à expliquer». Difficile à expliquer, mais combien beau à voir! Si les pierres pouvaient parler, elles en auraient long -très long- à raconter. Témoins muets de nos pérégrinations agitées, sans doute trouveraient-elles nos existences bien éphémères en comparaison au temps long qui les porte au travers les millénaires.
Of earth, stone, and instinct In the heart of what is now downtown Sherbrooke, a sculpture by Amélie Pomerleau stands in quiet sovereignty, like a benevolent witness to our constant comings and goings along the shores of time. “When I assemble a piece, it’s no longer my mind that’s working. I feel as though I enter a kind of meditation where intuition takes over. It’s hard to explain.” If stones could speak, they would have much—so very much—to tell. Silent witnesses to our restless wanderings, they would likely find our lives quite fleeting compared to the vast stretches of time that carry them across the millennia.

Au cœur de ce qui est aujourd’hui le centre-ville de Sherbrooke, une sculpture signée Amélie Pomerleau, trône en souveraine tranquille, tel un témoin bienveillant de nos incessants va-et-vient sur les rives du temps.
Judicieusement intitulée «Trajectoires», l’œuvre en impose. Principalement constituée d’un généreux bloc de granit pesant une dizaine de tonnes, la pièce semble pourtant flotter dans l’air, comme portée par quelque force occulte. Noire comme la nuit, l’œuvre parait néanmoins lumineuse et impose silence et recueillement.
Posée à son sommet, une vague métallique au fort relief rappelle le fil de la rivière et garde en mémoire les traces de pas des voyageurs en transit.
By Guy Ouellet
Since time immemorial, rivers and their banks have served as passageways leading to the great river, and then to the sea—the original cradle of life.
Fittingly titled “Trajectories,” the work is striking. Composed primarily of a massive block of granite weighing around ten tons, the piece nonetheless seems to float in the air, as if carried by some hidden force. Black as night, the sculpture still appears luminous, inviting silence and contemplation.
Resting at its summit, a metal wave with strong relief echoes the flow of the river and preserves the memory of the footsteps of passing travelers.Both in its composition and its scale, the work contrasts with the delicacy of the ceramics for which Amélie Pomerleau has been known for over a decade. “In truth, I’ve always had a deep fascination with stone. It’s a hard material into which the artist invests a great deal of themselves—of their strength—to bring a work into being. I like the sensation of becoming one with the material, and I’ve always wanted to create something monumental using stone as a base material.”
Naturally, one does not embark on such an undertaking overnight: it requires space, equipment, and, of course, a certain level of recognition within the artistic community. About ten years ago, Amélie Pomerleau began focusing on ceramics, while also furthering her training in stone carving after earning a bachelor’s degree and a major in sculpture from Concordia University.
The artist also traveled to Europe three times to study drawing, stone sculpture, pottery, and modeling. Over the course of her training, she developed a broad command of both plastic (visual) and conceptual language. Since 2013, her work has been exhibited and recognized, notably through two grants from the CALQ for projects exploring issues related to the female condition and intimacy.
On the walls of her studio, large shelves hold dozens—if not hundreds—of plaster molds. There, one finds wild grasses, twigs, and wildflowers, all gathered from nature before being fossilized by the artist, who uses them to shape future works. These molds serve as impressions that become shells, which the artist assembles one by one. One can imagine the slowness of the process, the artist’s patience…
Hard to explain—but how beautiful it is to behold!
