Francine Bouchard
Un oiseau a fait nid à l’orée de la poésie Dans l’appartement de Francine Bouchard, l’atelier accapare l’entièreté du salon, témoignant de l’importance qu’occupe la peinture dans la vie de l’artiste. L’espace s’apparente à un nid baigné par une lumière douce et indirecte s’immiscant par le nord. L’oiseau gracile qui niche ici présente le profil énergique et sémillant d’une mésange qui, comme chacun sait, trouve ses aises tant à la ville qu’en nature. Pour preuve, les tableaux accrochés aux murs de l’atelier : dans un style à la fois figuratif et subjectif se succèdent en alternance des scènes urbaines et des paysages tantôt forestiers, tantôt maritimes. Le contraste entre les deux techniques est frappant. L’artiste explique : « Dans la nature, il n’y a rien d’ordonné, tout est en courbes et en escarpements, alors qu’en ville, tout est rectiligne, anguleux. » Soulignons au passage que dans les deux cas, les scènes semblent avoir essuyé un récent assaut de pluie. On pourrait presque y flairer la franche odeur du pétrichor après l’averse. « À la base, je suis fascinée par tous ces mélanges de couleurs avec lesquels il faut composer pour représenter les effets de lumière, d’atmosphère ou de profondeur. Reproduire une percée de soleil au travers les nuages c’est difficile. Peindre le reflet des phares d’une auto sur une chaussée mouillée, ça l’est aussi, mais les deux ne se comparent pas vraiment puisque la gestuelle n’est pas du tout la même. En fait, les seuls traits communs sont la poésie et le bouleversement qui en résulte. » *** Peintre autodidacte, Francine Bouchard utilise surtout l’acrylique, mais aussi l’aquarelle et parfois les techniques mixtes pour créer ses œuvres. Au-delà des sujets qu’elle met en scène, l’artiste peint avant tout des atmosphères et des ambiances. Pour elle, ce n’est pas tant le sujet qui retient son attention, mais l’émotion qui en émane. « Pour moi, le sujet est prétexte », affirme-t-elle. Après 30 ans de carrière et presque autant de prix et reconnaissances saluant son talent, son audace et son originalité, l’artiste, qui est membre de l’Institut des Arts figuratifs et de la Société canadienne de l’aquarelle, demeure habitée par le doute. « Quand j’achève une toile, que je la trouve de mon goût, je me demande toujours si elle pourrait être plus belle encore. C’est là que le doute s’insinue et, avec lui, la peur d’en faire trop... Cela dit, au final, je parviens de plus en plus à faire confiance à ce qui me rend vivante et à la poésie qui m’habite. En d’autres mots, je me soigne », lance-t-elle avec un taquin sourcillement de l’œil droit. « Qu’importe l’heure, je travaille tout le temps. Si par malheur, je me cassais le bras droit, j’essaierais certainement de peindre de la main gauche. » A bird has nested on the edge of poetry By Guy Ouellet In Francine Bouchard’s apartment, the studio takes over the entire living room, reflecting the importance painting holds in the artist’s life. A self-taught painter, Francine Bouchard primarily uses acrylic, but also watercolor and sometimes mixed media to create her works. Beyond the subjects she depicts, the artist paints above all atmospheres and moods. For her, it is not so much the subject that draws her attention, but the emotion that emanates from it. “For me, the subject is just a pretext,” she says. After 30 years of career and nearly as many awards and recognitions highlighting her talent, boldness, and originality, the artist—who is a member of the Institut des Arts figuratifs and the Canadian Society of Watercolour—remains inhabited by doubt. “When I finish a painting and I like it, I always wonder if it could be even better. That’s when doubt creeps in, along with the fear of doing too much… That said, in the end, I’m increasingly able to trust what makes me feel alive and the poetry within me. In other words, I’m healing myself,” she says with a playful raise of her right eyebrow. “Whatever the time, I’m always working. If, by some misfortune, I were to break my right arm, I would certainly try to paint with my left hand.”

Par Guy Ouellet
Dans le doute, point ne t’abstiens !
The space resembles a nest bathed in soft, indirect light filtering in from the north.
The graceful bird that nests here has the lively, spirited profile of a chickadee which, as everyone knows, is equally at home in the city and in nature. Proof of this can be seen in the paintings hanging on the studio walls: in a style that is both figurative and subjective, urban scenes alternate with landscapes—sometimes forested, sometimes maritime. The contrast between the two techniques is striking. The artist explains: “In nature, nothing is orderly; everything is curves and slopes, whereas in the city, everything is straight and angular.”
It is worth noting that in both cases, the scenes seem to have just been washed by rain. One could almost catch the distinct scent of petrichor after a downpour. “At the core, I’m fascinated by all those color combinations you have to work with to represent effects of light, atmosphere, or depth. Reproducing a ray of sunlight breaking through the clouds is difficult. Painting the reflection of car headlights on a wet road is too, but the two can’t really be compared since the gestures are completely different. In fact, the only things they share are the poetry and the emotional impact that result from them.”
When in doubt, do not abstain!
